Epuisement professionnel


Un matin d’hiver.

Vers 6h45 le réveil avait sonné, très fort, trop fort peut-être. De sa petite main il avait tâtonné dans le noir pour trouver le bouton d’arrêt. « Ca se sont mes lunettes, dring dring dring, ça c’est mon bouquin, dring dring dring, mes mouchoirs, dring dring dring… ». Impossible de mettre le doigt sur ce fichu bouton. Excédé il avait finalement senti sous sa main le réveil, l’avait attrapé et d’un geste brusque l’avait projeté contre le mur. BAM !

Le silence avait de nouveau empli la chambre, apaisant, réconfortant, l’invitant à replonger dans son sommeil pour se retrouver de nouveau en haut de cette montagne surplombant un magnifique canyon, où des rapaces… MIAAOOOUUU MIAAAOOOUUU MIAAAOOOUUU le rouquin… Il l’aurait presque oublié, du moins si ses miaulements ne dépassaient pas le mur du son. « Okay Okay Okay ». Il allait se lever. Une jambe hors de la couette, puis la seconde, il s’était redressé avec force soupirs pour finalement rester au bord du lit en se grattant la tête. Pourquoi le réveil avait-il sonné ? Il se sentait embrumé. Il avait réfléchi, regardé longuement les murs familiers de la chambre en quête d’un éventuel indice. Rien, il ne se souvenait pas pourquoi il avait mis le réveil en marche la veille au soir. Pourquoi me lever ? Ah oui ! le rouquin !

Le petit félin avait autant de coffre que Luciano Pavarotti, il aimait faire des zigzags entre ses jambes  jusqu’à ce que ce dernier lui donne enfin le sacrosaint graal : les croquettes au saumon qui projetaient toute la maisonnée directement sur l’étal du poissonnier. Une puanteur à laquelle il concédait par amour pour le rouquin.

De nouveau le vide, le silence. Pourquoi le réveil avait-il sonné ? Il se sentait perdu, il regardait autour de lui, certain d’avoir oublié quelque chose d’important. Chaque meuble de son salon lui semblait rassurant, comme une invitation à ne pas bouger, à rester lové  dans ce cocon réconfortant. Pourquoi le réveil avait-il sonné ? Il se sentait si fatigué, depuis des jours et des jours cette sensation de lourdeur le suivait dans chacun de ses mouvements. Il s’était avachi dans le canapé, les épaules bien calées contre les grands coussins moelleux. Il cherchait une réponse désespérément à cette interrogation : pourquoi ? Son regard s’était un instant porté vers le bureau qui trônait près de la fenêtre. Dans quelques heures, si le soleil acceptait de pointer le bout de son nez, il serait inondé par ses rayons. Il aimait ces moments où il se sentait un peu comme un lézard en train de se prélasser sur un mur de pierres chaudes. Il avait tout à coup senti des bras froids autour de lui, l’enserraient. C’était Angoisse qui pointait le bout de son nez. Cette mégère s’invitait de plus en plus régulièrement dans sa vie, sans crier gare, et réussissait à lui gâcher ses journées en les saupoudrant de gris, de noir. Angoisse était tenace, la faire partir était une épreuve de force. Seul se plongeait dans le sommeil lui permettait d’échapper à Angoisse.

Le bureau… Angoisse avait serré un peu plus fort son étreinte. Pourquoi le réveil avait-il sonné ? Le bureau… Le Sens s’était senti pris au piège dans l’étau des bras d’Angoisse. Il avait tenté de rassembler ses esprits, embrumés dans les nuances de gris disséminées par Angoisse. Le bureau… IL avait fermé les yeux, très fort, avait tenté de prendre une grande inspiration pour gonfler sa cage thoracique d’oxygène et faire ainsi se relâcher l’étreinte d’Angoisse. Se lever, aller au lit, vite, glisser sous la couette et garder les yeux bien fermés pour qu’Angoisse parte. Il était épuisé par cette bataille quotidienne. Tout à coup, entre ses paupières fermées des images de fichiers Excel étaient apparues, puis le souvenir de mots durs échangés avec un membre de son équipe. Le boulot, c’est pour ça qu’il avait mis le réveil. Jeudi c’était jour de réunion d’équipe, il ne pouvait pas la louper. Angoisse l’étouffait de plus en plus. Prendre une grande inspiration… une autre… encore respirer le plus calmement possible… Il avait senti ses poumons se gonflaient d’air tout doucement, et l’étreinte se relâchait un peu. Et s’il n’y participait pas à cette saleté de réunion ? Il avait alors envisagé tous les scénarios possibles, s’était inventé toutes les excuses pour ne pas commencer cette nouvelle journée de travail. Plus son imagination fonctionnait, l’emmenant loin de son quotidien professionnel, plus Angoisse s’éloignait à pas de loup pour se tapir dans l’ombre. Il savait qu’elle reviendrait dès qu’elle en aurait l’occasion. Toujours enroulé dans sa couette, il avait longuement bataillé avec lui-même pour finalement se rendre à l’évidence : il ne pouvait plus continuer comme ça, il frôlait le burn-out. Cela faisait des mois qu’il avait perdu le plaisir d’aller travailler, de voir son équipe. Des mois que les réunions s’enchaînaient en visio sans discontinuer au point qu’il avait dû caler des créneaux dans son agenda pour aller aux WC. Des mois qu’il n’arrivait plus à faire face aux demandes de son équipe, lui qui avait toujours fait en sorte d’être disponible. Des mois que les injonctions de son chef lui apparaissaient comme de nouvelles raisons pour laisser Angoisse reprendre la main. Des mois que son quotidien professionnel avait perdu tout son sens. Stop. Stop. Stop. Ce matin avait été le matin de trop. Le rouquin lové contre ses jambes, ronronnant tout son soul, il avait décidé de dire STOP à ce travail qui l’épuisait.

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